
"Mon travail consiste principalement à transformer un espace pour lui donner un aspect singulier par des installations de grandes dimensions, sur le thème de l’appropriation de la nature par l’homme, ou de l'homme par la société.
Je suis née au Japon et ai vécu mon enfance dans plusieurs régions où le mode de vie, les coutumes et les dialectes étaient très différents. A chaque changement de lieu, la première question était de repartir à zéro et de savoir comment m’intégrer, comment commencer une nouvelle vie. Lorsque je suis arrivée en France en 1983, j’ai trouvé la différence de culture si grande qu’elle m'a replongée de nouveau dans ce problème d’intégration. Personne ne vit indépendamment de son environnement, et l’on est obligé d’appartenir à la société dans laquelle on vit. Cette nécessité d'appartenance au monde environnant se manifeste aussi dans la nature, qui est structurée par l’homme dans un phénomène d'appropriation qui mêle le bon et le mauvais, et régit sous diverses formes la planète entière.
Mon travail tente de faire surgir des images du rapport avec la nature ; sous la composante spatiale et visuelle, elles ont toujours une structure métaphorique et symbolique.
Dans la série de travaux " Décoloration ", développée entre 1990 et 1999, j'ai choisi de décolorer, à partir d’un produit chimique (l’eau de javel), des tissus industriellement colorés. Dans ce processus naturel, j’intervenais sur un équilibre fragile entre le temps qui tendait à détruire progressivement le tissu, et l’exposition aux rayons solaires qui accélérait la décoloration. L’ensemble fonctionnait comme une métaphore du dépouillement, qui dévoile la nature des choses et des êtres, mais peut aussi les anéantir.
A partir de cette expérience de coopération avec le soleil et le temps, j’ai commencé à approfondir le travail en extérieur, avec la nature.
Par exemple, l’œuvre "Spinning Ellipses" réalisée en 1992 dans le parc départemental de St-Jean-de-Braye, utilisait pour matériaux l’eau et le gazon. Avec ses ellipses de gazon transplantées hors de la pelouse, vers le sous bois, en hauteur, elle décrivait de façon cachée la vulnérabilité de ce qui est détaché de son milieu.
Les œuvres "Arbre généalogique/mort" et "Transmutation/vie", réalisées à Mont-de-Marsan en 1997, employaient l’eau, des troncs de pins maritimes, la terre, et une quarantaine de souches de chêne d’une tonne chacune environ. Les oeuvres étaient situées de part et d’autres d’une rivière à laquelle elle donnaient la dimension d’une frontière entre deux mondes."
Septembre 2000 Shigeko Hirakawa
Références bibliographiques : Shigeko Hirakawa/ Pierre Turine Shigeko Hirakawa, Oeuvres Récentes, Galerie Lumani, Tôkyô, 1994.
Shigeko Hirakawa/Pierre Restany Shigeko Hirakawa Oeuvres Sélectionnées 1993-1998, Mairie de Choisy-le-Roy, 1998.
Olivier Delavallade/ Shigeko Hirakawa Shigeko Hirakawa, Eau Suivie, Maison des Arts de Malakoff,2001.
Pour en savoir plus et voir d'autres photographies des oeuvres de l'artiste, visitez le site très complet de l'artiste, à l'adresse :
http://shigeko-hirakawa.com (photographies de l'artiste, copyright Shigeko Hirakawa,
reproduction interdite sans autorisation)
Pour des images agrandies, cliquez sur les vignettes.
Si les oeuvres ou les photographies de Shigeko
Hirakawa vous intéressent, n'hésitez pas à nous contacter. Nous vous mettrons
directement en relation avec l'artiste.
Sculpture sans titre
1995, 260 x 130 x 100 cm.
Décoloration
1995-1996, diamètre : 150 cm.
Installations
A gauche : Cinq sphères rouges, 1999, installation permanente, Département des Sciences Mathématiques, Université de Tôkyô, 154 cm de diamètre pour chaque élément, longueur totale : 14,90 m.
A droite : Dé-peindre 1-4, 1996-1997, Choisy-le-Roi, 750 x 275 x 10 cm.
Spinning Ellipses
Parc départemental de Saint-Jean-de-Braye, 1992. Cinq bassins elliptiques de quatre mètres de long chacun, disposés sur un arc d'ellipse de trente mètres. Les bassins sont remplis d'eau fluorescente et contiennent une lame de cuivre. Cinq ellipses de gazon surélevées prolongent dans le bois la série des bassins découpés dans la pelouse du parc.
Le thème de l'ellipse revient fréquemment dans les travaux d'Hirakawa. Cette forme est celle que prend un globe terrestre compressé ou la spirale d'un champ magnétique aplatie. Mais l'ellipse est aussi le terme qui désigne l'omission d'un ou plusieurs mots en les sous-entendant, et il vient du latin ellipsis ou du grec elleipsis, le manque.
Arbre généalogique/Mort
Quai Silguy, Mont-de-Marsan, 130 mètres de long, cinq ellipses contenant quarante souches de chênes (entre 800 et 1000 kilos chacune), du sable rouge, 30 billes de pins des Landes (environ 400 x 60 cm chacune).
Les formes elliptiques ponctuaient un chemin tracé sur la rive de la Midouze. Les ellipses, au nombre de cinq comme les sens, accueillaient en leur sein des fragments d'arbres, ou le vide, synonyme de mort.
Transmutation/Vie
Lavoir " la Cale de l'Abreuvoir ", Mont-de-Marsan, 12 billes de pin maritime (diamètre : 40 cm), résine polyester, eau de source.
Les billes de pins surgissaient de l'eau, élément vital. Des anneaux en résine de polyester divisaient en deux les troncs qui transperçaient l'épaisse couverture en un élan de vie.
A gauche : Oeil, 2000, pvc souple, eau fluorescente, diamètre : 130 cm.
A droite : Eau torique, 1995, pvc souple, eau fluorescente, diamètre : 250 cm.
Salon Japon, Arts et Traditions, Phalempin, 2002
Art Contemporain Japonais à Saint-Quentin, 2007